• Post published:28 mars 2022

Les équipes de l'ACSRV, des bénévoles et des représentants des comités d'usagers se sont réunis la semaine dernière pour un premier séminaire de mise à jour du projet associatif. Un moment convivial et studieux qui a permis à chacun de s'exprimer sur les spécificités d'un centre social, ses enjeux et ses ressources.

En introduction à l'événement, Jean CLAVERY, Président de l'ACSRV, a rappelé que les centres sociaux étaient l'un des remèdes au pessimisme ambiant. Par leur engagement, leur volonté de bouger les lignes, salariés comme bénévoles apportent leur pierre à l'édifice sur de nombreux sujets d'actualité : la préservation de l'environnement, l'accompagnement scolaire, les actions solidaires... Espaces de dialogue préservé, les centres sociaux soutiennent l'animation de la vie sociale et le développement du pouvoir d'agir. C'est parce qu'ils deviennent des laboratoires d'innovation citoyenne que ce premier séminaire prend tout son sens.

Discours d'introduction à la journée de Jean CLAVERY, Président de l'ACSRV

Bienvenue dans la démarche de mise à jour de notre projet associatif.

“Il se passe toujours quelque chose chez nous !” Ce célèbre slogan des Galeries Lafayette est toujours resté d'actualité dans nos centres sociaux, où se succèdent des moments joyeux et conviviaux, des trésors de motivation et de créativité, des innovations surprenantes, et surtout ce goût du dialogue et de l'échange, ce goût des autres, tout simplement, qui fait se sentir bien au sein de la tribu. Nous aimons cheminer ensemble.

Mais, quand on part en randonnée, peut-on pédaler sans jamais regarder la carte, au risque de se perdre ? C'est le sens de notre rencontre d'aujourd'hui autour du projet associatif de l’ACSRV. Se demander où nous allons. Vérifier l'itinéraire, les moyens à disposition pour le parcourir et, dans ce but, faire un pas de côté, ensemble. Oui ensemble, car, aux directives descendantes, nous préférons les projets co-construits, dans une recherche d'identité commune respectueuse des spécificités de chaque centre et de chaque territoire.

Réfléchir pour mieux agir ensemblecontinuera d'être notre traitement de choc contre le pessimisme ambiant, déversé quotidiennement et à grands coups de flot médiatique anxiogène :

- au réchauffement climatique, opposer nos jardins partagés, nos mobilités douces et nos frigos anti-gaspi ;

- en réaction au Covid et à ses confinements, développer “l'aller vers”, le partage des outils numériques, le soutien scolaire individualisé ;

- face au retour de la guerre en Europe, nous montrer encore plus solidaires et artisans de paix dans nos quartiers.

Et puis, plus proches de nos préoccupations, il y a aussi trois sujets sur lesquels je crois que les centres sociaux ont une parole singulière à porter, et de sérieuses compétences à faire valoir. Je pense à l'exclusion sociale, à la dégradation du dialogue et à la perte de confiance en la démocratie.

Pour le philosophe Olivier Abel, l’exclusion est “une nouvelle figure de l’humiliation : être superflu, ne servir à rien. (…) Et la réponse à cette humiliation, c’est de prendre le temps de la reconnaissance et de la considération. Retisser du lien,  mais du lien qui créé de l’attachement, pas ce lien instrumental auquel on est réduit dans une société de consommation. » Or, retisser du lien “implique la découverte de l'importance de la parole” ; cette parole que les usagers des centres sociaux et les volontaires de Territoire Zéro Chômeur prennent avec de plus en plus de talent et de plaisir grâce au développement de leur Pouvoir d'Agir.

La dégradation du dialogue, nous la constatons tous les jours à la télévision, à l'école et, bien entendu, sur les réseaux sociaux. Ainsi, d'après un sondage récent, 9 personnes sur 10 ont le sentiment qu'il n'est “plus possible de débattre sans se battre.” Du coup, dans l’Education Populaire, j'imagine que nous faisons partie des 10% d’optimistes restants, adeptes des Banquets Citoyens et autres espaces de coopération, dont l’attrait nous donne envie de pousser la porte de nos maisons de quartier, ces espaces collaboratifs chaleureux où nous savons que se construit une parole et une pensée collectives, dans l'acceptation des divergences de points de vue et le respect de la parole de chacun.

Quant à la démocratie, certains nous disent qu'elle serait malade. Possible. Mais, dans ce cas, que faisons-nous ? Jeter le bébé avec l'eau du bain, pour le plus grand plaisir des amateurs de dictature ? Ou, au contraire, redoubler de soins attentionnés envers un bien commun en lequel nous croyons.

Il est vrai que l'abstentionnisme croissant et la montée des extrêmes traduisent la désillusion et le manque de confiance des citoyens envers leurs représentants politiques, souvent jugés trop lointains et élitistes, voire méprisants. Et il est vrai aussi que réduire la démocratie à un bulletin dans l’urne de temps en temps, ce n'est pas très palpitant...

Mais ça, c'est dans la sphère politique. Parce que, dans les centres sociaux - où la gouvernance est partagée et où la parole de chacun encouragée -, la démocratie est loin d’être aussi ennuyeuse. Bien au contraire, ça fait des années que, comme dit un spécialiste de l'intelligence collective, elle y est devenue “cette pratique addictive qui donne envie au citoyen de revenir parce qu'il y a pris plaisir, a appris des choses, a pu échanger dans une ambiance chaleureuse où l'on se sent utile”.

Les valeurs de solidarité et d'inclusion qui orientent nos actions, elles ne changeront pas. Elles sont notre ADN, et elles continueront d'éclairer notre route. Mais la façon dont nous les mettons en œuvre, ici, en 2022, est-elle encore suffisamment adaptée à la vie changeante de nos quartiers et du monde d'aujourd'hui ? Environnement, inégalités, emploi et chômage, santé, numérique, migrations, éducation... : tout évolue sans cesse et nous demande de rester mobilisés et inventifs. Alors, pour garder performantes les actions que nous menons ensemble, nous nous poserons principalement deux questions : quoi ? et comment ?

La question “quoi ?”, c'est celle du choix des thématiques que nous investissons et des priorités que nous leur conférons. Faut-il développer plus, moins, ou différemment, l'entreprenariat des quartiers, l'agriculture urbaine, l'éducation aux médias, l'apprentissage de la musique, le numérique responsable, l’économie circulaire, l'accompagnement des migrants, l'aide à la mobilité... ?

Et la question “comment ?”, c'est celle des méthodes: avec quels idéaux partagés, quelle gouvernance, quels espaces collaboratifs, quelles mobilisations citoyennes, quelle organisation associative et territoriale, et quelle sorte d’intelligence collective, mettrons-nous les thématiques que nous choisirons au service du bien commun ?

Le chemin que nous empruntons aujourd'hui est une étape importante de la vie de l’ACSRV. Et je remercie nos amis de la Maison de Quartier Centre Ville de Valenciennes, des Maisons de Quartier de Raismes, de la Fédération Régionale des Centres Sociaux, ainsi que Cécile, notre présidente d’honneur, de nous avoir rejoint dans cette réflexion.

En effet, dans les centres sociaux, de la petite enfance aux seniors, nous nous intéressons à tous les âges de la vie, à toutes les situations (scolarité, insertion, handicap) et, pour les améliorer, à tous les aspects de la vie quotidienne (santé, emploi, culture, environnement, etc.). Dès lors, le projet associatif que nous nous apprêtons à bâtir ensemble ressemble fort à un projet de société. À notre échelle, certes, mais, à l'heure où les candidats aux élections confrontent leurs programmes respectifs, c’est loin d’être anodin.

En effet, historiquement, les centres sociaux qui ont d'abord été des outils d'accès aux loisirs pour tous, sont vite devenus d’incontournables lieux d'animation de la vie sociale puis, plus récemment, de développement du pouvoir d'agir. Et aujourd'hui, dans les quartiers dits “défavorisés” où ils sont implantés, ils expérimentent des projets innovants dont bien des quartiers « sans étiquette » seraient heureux de bénéficier : actions concrètes en faveur du cadre de vie, de la prévention des risques de santé, de la culture, du lien social, de la solidarité intergénérationnelle, de l'inclusion numérique, de la citoyenneté active, et tant d'autres...

Ainsi, à force de réflexion collective et d'actions exemplaires, les centres sociaux rassemblés deviennent peu à peu des laboratoires d'innovation citoyenne, potentiellement utiles bien au-delà de leurs quartiers d’implantation.

Pour notre part, à l’ACSRV, notre démarche de mise à jour durera quelques mois. Après un premier séminaire de lancement le 18 mars, à Fresnes/Escaut, puis un deuxième au mois de juin, s’ensuivra un travail en groupes thématiques à partir de septembre, selon une méthode de démocratie inclusive pour gouverner avec les usagers, composée de quatre grands moments : consulter, co-construire, co-décider, co-agir.

Pour cette belle ambition, nous comptons sur la participation enthousiaste de chacun.

Alors, je nous souhaite des travaux fructueux !

Jean CLAVERY, Président de l'ACSRV